Dites, on reparle du vide? :) C'est avec grand plaisir que je vous fais découvrir de nouveaux artistes qui traitent du lieu comme sujet de photographies. Et moi, dans ma grande passion que j'entretiens avec la notion de "vide", je crois que je ne pouvais pas être mieux servie que par les photographies de Bohnchang Koo et Christopher Taylor. Je ne sais pas si vous avez déjà lu l'article dans lequel j'avais traité ce sujet - le voici - mais j'y voue un certain intérêt sans relâche. D'ailleurs si je devais renommer le blog ce serait un truc du genre : "le vide dans l'art". Hyper bateau mais je crois que ces quelques mots assez simples sous-entendent bien des questionnements. Ce n'est pas le sujet le plus évident à traiter. Mais voilà, j'aime bien me confronter à ce genre d'exercice, une sorte de défit que je me lance.
En ce qui concerne Bohnchang Koo, peut-être y verrez-vous une référence à Malévitch et son Carré blanc sur fond blanc. L'espace 3D laisse place au 2D, à la géométrie de la ligne. Nous voici plongé dans une peinture abstraite du début du XXe siècle. Mais l'imperfection de la blancheur, la poussière dans le coin du mur nous rappellent que c'est bien une photographie d'un lieu qui semble être doucement délaissé et le titre de la série est on ne peut plus explicite : "Interiors". Pas de place au doute, la dichotomie entre le plein et le vide mais également l'ombre et la lumière est ce qui semble intéresser l'artiste. La douceur des "teintes" appelle à la méditation. Mais il s'agit aussi de donner à voir la poétique du vide. Koo recherche et collecte, depuis de nombreuses années dans les marchés aux puces, des boîtes vides qui l'intriguent de part sa forme, sa matière, sa destination. On sent dès lors une attention portée sur la trace qui le guide dans sa création.

On sort du lieu vide en lui-même pour diverger vers la notion de l'"infini" chez Christopher Taylor. Un vide abyssal qui vous ferait perdre la tête par la répétition de l'objet dans la photographie (des murs, des fauteuils d'une salle de spectacle). Mais ce vide est également retranscrit au sein même d'objets comme un simple mouchoir accroché là, un fauteuil vide métaphore de l'absence qui nous renvoie quelque peu vers l'oeuvre de Hopper, une table miroir du ciel. C'est, semble-t-il, une oeuvre témoin d'un passage, qu'il soit récent ou lointain, de l'homme qui a malgré lui laissé des traces devenant sujet dans les photographies noires et blancs de l'artiste. A y regarder d'un peu plus près, on sent que, contrairement à Saul Leiter, artiste spontané, Christopher Taylor a véritablement pris le temps de cadrer pour équilibrer les formes et les lignes. Le paysage est resté tel quel mais pour sortir de la simple photographie d'inventaire, Christopher Taylor produit une oeuvre artistique et c'est cette construction de l'image qui nous achemine vers une sensation d'un paysage infini. (cliquez sur les images pour les voir en plus grand)
© Photos Galerie Camera Obscura













