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jeudi 11 décembre 2014

Le vide dans les oeuvres




Dites, on reparle du vide? :) C'est avec grand plaisir que je vous fais découvrir de nouveaux artistes qui traitent du lieu comme sujet de photographies. Et moi, dans ma grande passion que j'entretiens avec la notion de "vide", je crois que je ne pouvais pas être mieux servie que par les photographies de Bohnchang Koo et Christopher Taylor. Je ne sais pas si vous avez déjà lu l'article dans lequel j'avais traité ce sujet - le voici - mais j'y voue un certain intérêt sans relâche. D'ailleurs si je devais renommer le blog ce serait un truc du genre : "le vide dans l'art". Hyper bateau mais je crois que ces quelques mots assez simples sous-entendent bien des questionnements. Ce n'est pas le sujet le plus évident à traiter. Mais voilà, j'aime bien me confronter à ce genre d'exercice, une sorte de défit que je me lance.

En ce qui concerne Bohnchang Koo, peut-être y verrez-vous une référence à Malévitch et son Carré blanc sur fond blanc. L'espace 3D laisse place au 2D, à la géométrie de la ligne. Nous voici plongé dans une peinture abstraite du début du XXe siècle. Mais l'imperfection de la blancheur, la poussière dans le coin du mur nous rappellent que c'est bien une photographie d'un lieu qui semble être doucement délaissé et le titre de la série est on ne peut plus explicite : "Interiors". Pas de place au doute, la dichotomie entre le plein et le vide mais également l'ombre et la lumière est ce qui semble intéresser l'artiste. La douceur des "teintes" appelle à la méditation. Mais il s'agit aussi de donner à voir la poétique du vide. Koo recherche et collecte, depuis de nombreuses années dans les marchés aux puces, des boîtes vides qui l'intriguent de part sa forme, sa matière, sa destination. On sent dès lors une attention portée sur la trace qui le guide dans sa création. 







On sort du lieu vide en lui-même pour diverger vers la notion de l'"infini" chez Christopher Taylor. Un vide abyssal qui vous ferait perdre la tête par la répétition de l'objet dans la photographie (des murs, des fauteuils d'une salle de spectacle). Mais ce vide est également retranscrit au sein même d'objets comme un simple mouchoir accroché là, un fauteuil vide métaphore de l'absence qui nous renvoie quelque peu vers l'oeuvre de Hopper, une table miroir du ciel. C'est, semble-t-il, une oeuvre témoin d'un passage, qu'il soit récent ou lointain, de l'homme qui a malgré lui laissé des traces devenant sujet dans les photographies noires et blancs de l'artiste. A y regarder d'un peu plus près, on sent que, contrairement à Saul Leiter, artiste spontané, Christopher Taylor a véritablement pris le temps de cadrer pour équilibrer les formes et les lignes. Le paysage est resté tel quel mais pour sortir de la simple photographie d'inventaire, Christopher Taylor produit une oeuvre artistique et c'est cette construction de l'image qui nous achemine vers une sensation d'un paysage infini. (cliquez sur les images pour les voir en plus grand)








samedi 15 novembre 2014

Le "trop-plein de vide" de l'espace d'exposition



Parfois je m'intéresse beaucoup plus à la scénographie des expositions contemporaines qu'aux oeuvres en elles-mêmes. Je trouve le vide tellement puissant dans les musées qu'elle agit souvent plus sur moi que certaines oeuvres. Cette conception contemporaine de l'exposition où les murs blancs subordonnent les murs colorés du XIXe siècle, c'est ce que l'on appelle le White Cube. Que l'on aurait pu appeler aussi Empty Cube dû, parfois, au nombre infime d'oeuvres exposées. Néanmoins l'essentiel, ici ce n'est pas les oeuvres prises indépendamment les unes des autres, mais le lieu d'exposition où s'inscrivent et prennent sens les oeuvres. L'espace en lui-même est donc devenu objet de création et de contemplation que Brian O'Doherty a développer dans son libre White Cube (tout bêtement) qui influença le travail d'artistes, de galeristes, et de critiques. 

Voici donc quelques photos sur ce que j'aime à photographier quand je vais visiter des expositions. Et sur ce qu'une grande partie des spectateurs ne supportent pas, spectateurs plutôt tournés vers l'art classique où des peintures de paysage et de portrait se succèdent sur les murs... Ce que j'aime bien qualifié de trop-plein de vide, c'est-à-dire une absence exagérée d'oeuvres dans un lieu immaculé censé être lieu d'exposition, et donc plein. Mais ce vide est une force en grande abondance qui ne demande qu'à être employée dans la création du XXIe siècle.  


Au centre d'art contemporain de Cracovie

Au Pavillon de la Sécession à Vienne

Au Mumok, musée d'art moderne à Vienne


Quand je repense à mes années de licence en Arts plastiques, la notion du vide m'a souvent intrigué. Elle fut souvent le sujet de mes dossiers ou de mes productions puisque je voulais chercher à comprendre comment l'on pouvait ressentir, retranscrire une sensation de vide dans un lieu où même l'architecture, les couleurs, la lumière ou des personnages sont tout de même présents. Cela peut paraitre paradoxal. Mais bien souvent c'est l'oeuvre du génie que de susciter les profondeurs du néant en usant de nombreux éléments picturaux ou graphiques.

L'oeuvre d'Edward Hopper en est un bon exemple. Souvent le vide rentre en résonance avec la sensation d'absence, bien que la palette de l'artiste y soit vive et lumineuse. La lumière est sujet du tableau et bien souvent les personnages sont plongés dans leurs pensées, dans leur plus profonde inconscience, se laissent ainsi vivre et deviennent alors "automates". Ils sont reflet du lieu qui les entoure. Je citerais aussi Anish Kapoor et sa Descente aux Limbes réalisée à Cassel en 1992. Un simple trou noir et des murs blancs. En plus de nous inscrire dans un lieu vide, Anish Kapoor semble proposer au spectateur de se pencher ou de se jeter dans les abysses de l'univers... Une belle mise en abyme du lieu. 


Edward Hopper, Automat, 1927



Early Sunday Morning, 1930

Sun in an Empty House, 1963 (une merveille)


Anish Kapoor, Descent into Limbo (« Descente aux limbes »), 1992

Anish Kapoor, Descent into Limbo (« Descente aux limbes »), 1992


Que serait cet article sur la notion du vide sans évoquer Yves Klein et son exposition le Vide de 1961 ? Au sein de sa pièce, c'est un vide matériel que l'on ressent, un vide que nous savons "présent" puisque symboliquement représenté à l'extrême par des murs totalement blanc du sol au plafond et entre 4 murs donnés à voir par une simple lumière au plafond. Ce lieu, pourrait-on dire, est une source de plénitude religieuse afin d'atteindre l'absolu. On rentre ici dans le sacré mais, il en va cependant de cette oeuvre comme une rupture radicale dans l'Histoire de l'art où le rien devient art ce qui peut susciter nombre de controverses... 


Yves Klein, Le Vide, janvier 1961. Villa Haus Lange de Krefeld (Allemagne)




Et vous, vous réagissez comment face à ce "trop-plein de vide" des expositions d'art contemporain ?